Premières : L' argumentation directe dans l'essai
Le discours argumentatif peut faire appel à la raison, aux sentiments et/ou à la confrontation d'opinions différentes (i.e convaincre, persuader et/ou délibérer). Le mot "essai" a pour étymologie le mot latin exagium qui signifie pesage, poids. L'essai consiste donc à peser, évaluer et à examiner une idée. Il relève de ce fait de la délibération.
Ses principes : l'auteur met en scène une réflexion personnelle écrite en prose en prenant position sur un sujet d'actualité (politique, sciences, art...), qui est à l'origine d'un débat, d'une polémique (réflexions philosphiques, considérations historiques, analyses d'un sujet de société). Il est l'occasion pour l'auteur de soumettre au lecteur une opinion personnelle, originale, en développant ses arguments avec sérieux, humour ou ironie. L'auteur convoque fréquemment des points de vue adverses, qui sont exprimés soit explicitement ("Un tel dit que..."), soit sous forme de références ou d'allusions.
L'essai est donc une forme d'argumentation directe.
Michel Eyquem de Montaigne est le premier à employer ce terme comme titre d'un ouvrage et invente donc, en ce sens, le genre même de l'essai. Pour Montaigne, il ne s'agit pas de convaincre ou de persuader son lecteur mais bien de délibérer, i.e que le mouvement même de sa pensée est le fondement ET le but de l'écriture.
"Même lorsqu'il s'agit de mes propres écrits, je ne retrouve pas toujours le sens de ma première pensée : je ne sais plus ce que j'ai voulu dire, je me nuis souvent à voulir me corriger et à ajouter une nouvelle signification, pour avoir perdu la première, qui avait plus d'intérêt. Je ne fais qu'aller et venir ; ma raison ne va pas toujours en avançant ; elle erre et divague. "Comme une frêle barque Surprise par la vaste mer par un vent furieux..." Chacun en dirait à peu près autant de lui-même, s'il s'observait comme je le fais." Montaigne, Les Essais, II, 1576.
L'essai, notamment à travers les articles de l'Encyclopédie, constitue l'une des armes favorites des philosophes des Lumières.
Les autres genres de l'argumentation directe
Le traité : Travail de démonstration beaucoup plus contraignant que l'essai, privilégiant rigueur et logique. Le locuteur est discret
L'article de presse : il peut avoir une visée argumentative quand le journaliste prend position.
La lettre : elle est une forme de l'essai ; la lettre ouverte peut s'adresser à n'importe quel lecteur ou groupe précis de la population. "Il n'est pas vrai que plus les femmes vieillissent plus elles deviennent rêches et sévères. C'est de quarante à cinquante ans que le désespoir de voir leur figure se flétrir, la rage de se sentir obligées d'abandonner des prétentions et des plaisirs auxquels elles tiennent encore rendent presque toutes les femmes bégueules et acariâtres." Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, 1782.
La préface : en tête d'ouvrage, elle permet à l'auteur de justifier ses choix. (quoi, comment, pourquoi).
Le manifeste : texte écrit par une ou plusieurs personnes qui présentent des conceptions, des objectifs esthétiques cf par exemple, le manifeste du surréalisme, de Breton. (Doctrine d'un mouvement littéraire)
Le pamphlet : texte souvent bref mais qui est marqué par une forme de violence. Il s'attaque à un système, à des institutions ou groupes de personnes. Plus agressif que la satire (moquerie).
Le discours : il peut être politique, officiel et permet de faire passer les idées d'une personne.
Le sermon : ce discours religieux a pour objectif d'inciter l'auditoire à respecter les paroles divines et les morales religieuses.
Le dialogue philosophique : il s'instaure entre plusieurs interlocuteurs qui discutent d'un même sujet, en exposant des arguments opposées ou divergents. L'échange dialogué favorise la délibération du lecteur qui est invité à réfléchir sur les thèses qui s'affrontent et à prendre position.
« Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage. » Les Essais, Michel de Montaigne.
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