Renouveau du mythe orphique : le symbolisme à l'oeuvre

Publié le 16 Décembre 2012

Renouveau du mythe orphique : le symbolisme à l'oeuvre

Négligeant toute femme après la mort de son épouse Eurydice, Orphée est décapité par les Ménades, nymphes au service de Dionysos. Sa tête, jetée dans un fleuve, est ensuite recueillie et déposée dans une grotte où elle rend des oracles nuit et jour. La permanence de ce chant après la mort, et l'idée que le poète peut être celui qui accède à une connaissance des correspondances entre le ciel et la terre, bref à un mystère auquel n'accède pas le commun des mortels, a particulièrement inspiré les artistes de la seconde moitié du XIXe siècle.

Le tableau de Gustave Moreau, Orphée, 1865.

Composition : Le tableau est constitué d'un triangle qui part du sommet du rocher et rejoint les deux tortues, en bas à gauche. Cet espace intime d'échange silencieux met en valeur le visage de la jeune femme, qui, pieds nus, est habillée d’une robe dont les parures rappellent l’Orient. Sa tête est inclinée et elle porte dans ses mains la tête d’Orphée, posée sur sa lyre. Leurs paupières baissées se font échos. Des bergers se trouvent sur le rocher, l’un d’entre eux est muni d’une flûte.

Les éléments symboliques : les deux tortues situées au premier plan, à droite, représenteraient le couple d’Orphée et d’Eurydice que le sort a séparés ; vous avez remarqué que les animaux vont chacun dans un sens différent. Elles seraient aussi un symbole de la musique à associer à la flûte des bergers et à la lyre sur laquelle repose la tête d'Orphée. On se souvient que la lyre d’Orphée fut fabriquée par Hermès, à partir d’une carapace de tortue. La tortue est un symbole de longévité ; elle peut être rapprochée du citronnier vert (à gauche dans le tableau), porteur de fruits, qui représente l'éternité.

Lumière : bien que la mort d'Orphée soit en principe décrite avec violence, une atmosphère calme, silencieuse et irréelle se dégage de ce tableau. Le visage de la jeune fille et celui d’Orphée sont éclairés d’une lumière dorée, omniprésente dans le tableau, qui suggère le pouvoir de la poésie qui survit à la mort. Les éléments réalistes de ce tableau constituent donc un moyen pour l'artiste de représenter une abstraction : l'idée même de la poésie !

La démarche du peintre rejoint la finalité des écrivains symbolistes : accéder par des moyens sensibles aux "sens mystérieux des aspects de l'existence" (Mallarmé, Lettre à Léo d'Orfer, 1884), vêtir l'Idée d'une forme sensible" (Moréas, Manifeste du symbolisme, 1886).

Rédigé par Le blog Lettres du lycée d'Ambérieu

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article