La tragi-comédie...qu'est ce donc?
Publié le 7 Mars 2013
A l'Origine, le nom de tragi-comédie a été suggéré par Plaute, qui, dans son Prologue d'Amphitryon, propose d'appeler sa pièce tragicocomaedia, à cause des dieux et des rois qui y paraissent.
Autres pièces nommées ainsi :
- La pièce latine, Ferdinand sauvé, de C. et M. Verardi, jouée à Rome en 1492, est appelée tragicocomaedia, à cause du dénouement heureux.
- La Célestine, dans l'édition de 1500, est intitulée tragi-comédie, quoique l'action et les personnages soient comiques : mais le dénouement est funeste.
- Ce fut J.-B. Giraldi Cintio qui fixa le sens du mot dans le théâtre de la Renaissance. Ayant fait une tragédie à dénouement heureux, Altile, il offrit, si l'on estimait que la tragédie devait finir mal, de la nommer tragi-comédie.
Il y eut quelques tragi-comédies italiennes dans la seconde moitié du XVIe siècle : mais l'espèce ne se développa pas en Italie et ne se distingua pas de la tragédie. Souvent le nom de tragédie resta appliqué aux pièces à dénouement heureux : tragedia de lieta fine.
En France, la tragi-comédie connut un bien plus grand essor. Entre 1625 et 1660, la tragi-comédie domine incontestablement le théâtre.
Caractéristiques :
Son esthétique de la bigarrure, son jeu sur l’illusion et le provisoire, ses intrigues enchevêtrées et ses excès reflètent l’exubérance baroque. Ces pièces au dénouement heureux et à la mise en scène spectaculaire (voyages, combats, naufrages) racontent une série de péripéties qui peuvent s’étaler dans le temps (de quelques jours à plusieurs décennies). C’est une accumulation de situations sans unité structurelle forte, l’action s’arrêtant quand l'auteur le décide et non selon une logique narrative. La démesure imprègne le genre : érotisme, cruauté (meurtres, viols, tortures, suicides, qui se déroulent sur scène et non en coulisse), faux semblants (déguisements, folie, méprises, morts factices), aventures échevelées et amours contrariés. Les personnages sont alors typés (amants, rivaux, pères hostiles, tyrans cruels). La diversité est le maître-mot de cet univers. Autre caractéristique de la tragi-comédie : son mélange des tons, réunissant comédie et drame, langages noble et commun, rois et paysans.
Mais ce fut surtout lorsque le répertoire espagnol fut connu en France, et qu'on en fit activement l'exploitation, que la tragi-comédie parut réellement sur le point de remplacer la tragédie (1628-1640). Mairet, Rotrou, Scudéry, et beaucoup d'autres parurent préférer cette forme de drame libre, romanesque, pleine de mouvement et d'imprévu. Corneille sembla les suivre, intitula son Cid, à cause du dénouement, tragi-comédie.
Après Horace (1640), grâce à Corneille, la tragédie reprit faveur. La tragi-comédie était condamnée par le triomphe des unités, qui entre 1630 et 1636 s'établit sur le théâtre français.
Et Dom Juan de Molière dans tout cela ? La pièce reprend bien les cinq actes d’une tragédie. Mais elle mélange les registres, les personnages nobles et populaires ; la pièce est en prose et non en vers ; quant aux règles…aucune n’est respectée. Reste le dénouement qui n’est pas heureux pour Dom Juan…mais qui l’est peut-être pour toutes ses victimes. La pièce de Molière est donc une tragi-comédie à part…
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